KAMEL LAHMADI : expériences et philosophie

Je viens de Lille, dans le Nord, où j’y ai vécu jusqu’à l’âge de 24 ans.

DE PROF D’ECONOMIE EN FAC AUX BEIGNETS SUR LA PLAGE

En primaire, je voulais être médecin. Parce que mon cousin médecin s’appellait aussi Kamel. Et parce que c’était la volonté de mon père.

Au collège, je voulais être astrophysicien. Car j’étais fan d’Albert Einstein et voulais percer les mystères du voyage dans le temps, des trous noirs et de l’anti-matière. Et accessoirement celui du Triangle des Bermudes, de l’Atlantide, des Pyramides et des OVNI… Je dévorais tous les livres de vulgarisation scientifiques pour vous dire ! 15 de moyenne générale en 3 ème quand même !

Au lycée, je voulais devenir business man car je voulais rivaliser avec les « petits bourgeois », comme on les appelait à l’époque. Ils avaient tout : les dernières pompes à la mode qui coûtaient une fortune, les blousons cuirs, les mobylettes et… de jolies copines. C’en était trop pour moi. Ma solution ? Je suis devenu le fournisseur officieux du lycée en revendant en cachette des mars, snickers, raiders, bounty… achetés en gros en Belgique (ça coûtait vachement moins cher). Tout le monde était content et moi le 1er. Même si certains ont profité de ma gentillesse pour ne jamais rembourser leurs crédits (j’ai encore mon carnet !). Après le Bac, je me suis rendu compte que j’étais trop gentil pour être business man.
A la fac je voulais devenir prof d’économie en université car la pédagogie de notre prof de macro économie m’a fait adorer la matière et comme mes copains fainéants me trouvaient un certain talent pour leur expliquer simplement les choses compliquées…

Pour financer mes études d’économie, j’ai décidé de vendre des beignets sur les plages landaises : un rêve depuis mes 16 ans. J’ai toujours eu en moi ce désir d’indépendance. »Beignets à la fraise pour les balèzes, à l’abricot pour les costauds ! ». Ca c’était quand les gens m’achetaient souvent. Et quand ce n’était pas le cas : « beignets à la fraise pour les obèses, à l’abricot pour les gros ! ». Et même : « beignets-brioches pour les moches ! ». Et ça partait !

DES BEIGNETS A LA TELE…

A force de rire de mes « conneries », les vacanciers sur la plages se sont mis à m’encourager de plus en plus à faire de la télé ou de la radio. Mais moi je voulais être prof d’éco en Fac… Il a fallu 4 étés pour me convaincre de tenter ma chance. J’ai donc arrêté l’économie après ma maîtrise parce que je me suis dit que jamais l’économie me fera faire de la télé. Je ne me sentais pas crédible. Un ado de 24 ans, « bazané » expliquant l’économie sur une télé française ! Impensable ! Et bien…

Septembre 94, j’arrive à Paris. J’ai du bol : je trouve une collocation rapidement. J’ai moins de bol : mon colocataire a « envie » de moi. 2 ans de petits boulots dont caissier chez Leader Price (une fois j’ai encaissé 30 francs au lieu de 300 ! Une autre fois, je ne suis pas venu ouvrir le magasin un samedi car le patron voulait que je bosse autant que lui mais sans le salaire. Il m’a appellé trés énérvé, mais moi j’étais déjà en week end à Bordeaux !). Suivirent 2 ans de coups de fil infructueux aux boîtes de prod. Le spleen avait envahit mon âme au point que je décide de quitter la France. J’achète un aller simple pour Les Baléares. Nous sommes en mai 1996.

Y CROIRE JUSQU’AU BOUT…

15 jours avant, je vais à la bibliothèque de Baubourg et lis une interview d’une célèbre productrice télé, Marie-France Brière. Sur un coup de tête je décide d’appeler son bureau. Son assistant, Maurice, me demande d’envoyer un CV. Je lui réponds que j’en avais déjà envoyé pas mal sans obtenir une seule réponse. Il insiste gentiment en rajoutant : « je vous promets, on se souviendra de vous ». Cette dernière phrase me convainc. J’envoie un joli CV avec ma tronche en médaillon, sourire Georges Clooney. Caissier à Leader price, ça suffit pas à impressionner. J’envoie ce CV sans trop y croire, blasé par 2 ans d’insuccès mais espérant que Maurice ne m’ait pas menti… 1 semaine avant mon départ, le téléphone sonne. Alors que je n’étais jamais à l’appartement l’après midi pour cause de recherche de boulot, là j’y suis parce que je n’en recherche plus vu que je m’apprête à partir aux Baléares. Il est 15h, je décroche. Au bout du fil : »Kamel Lahmadi ? Ici Pascal Forni, producteur à Tilt Productions. Nous avons reçu votre CV et nous recherchons une personne pour en remplacer une qui n’est pas à la hauteur. Pouvez-vous passer en fin de journée ? ». 17h, je suis dans le bureau de Pascal Forni. Le job : le matin faire le standardiste, l’après midi faire son assistant de prod. Ma réaction : « comme j’ai acheté un billet d’avion, on ne pourrait pas remettre cela à septembre ? ». Vous vous rendez compte de ce que je sors ! Comme s’il allait reporter leurs émissions télé pour moi. Sa réaction : il me regarde avec un grand sourire, sors un gros classuer rouge, l’ouvre et je vois 10 000 CV. Sa réponse : c’est vous où je prends quelqu’un d’autre ?. Le lendemain j’étais le nouvel homme à tout faire de Pascal Forni et le nouveau standardiste de Tilt Productions (Juste prix, Famille en or, Fort Boyard…).

ET TOUJOURS DONNER LE MEILLEUR DE SOI

Le matin, je faisais donc le standardiste et l’après midi, je faisais l’assistant de prod sur une émission de bêtisier qui allait se tourner à Toulouse. Je ne me fais pas d’illusion sur ma situation mais comme mon papa m’a appris le respect du travail, je fais en sorte d’être irréprochable au standard. La standardiste déjà présente, Ghislaine, avait peur que je lui pique sa place et pour cette raison ne voulait pas m’expliquer toutes les subtilités du standard. Qu’importe. Je n’ai jamais cherché à la vexer en lui sortant une phrase du style : « Ghislaine, j’ai une maîtrise d’économie. T’as vraiment l’impression qu’être standardiste est mon objectif professionnel ? ». Je n’ai jamais voulu la vexer car… elle était bête tout simplement. Alors je me suis appliqué à ne pas trahir la confiance qu’avait placée en moi Pascal Forni. Il y a quelques jours de cela, je m’apprêtais à quitter la France et il m’a sauvé d’un destin que je ne connais pas… Au standard, j’ai devant moi une liste de noms, de fonctions, de postes téléphoniques mais pas de visages sur ces noms. Comme je veux être efficace, je fais quelque chose de banal pour moi mais qui les a marqués : à chaque fois qu’une personne arrivait, je me levais et me présentais à elle : « Bonjour, je suis Kamel, le nouveau standardiste. J’ai une feuille avec plein de noms et de postes, mais pour être plus efficace et en cas d’urgence, il serait bon que je puisse mettre un visage sur ces noms. A qui ai-je l’honneur ? ». Eux : Pierre Godde, producteur du Fort Boyard, Corinne Fix, productrice du juste Prix, Patrice Laurent, directeur général, Marie-France Brière, présidente…

IL N’Y A PAS DE MIRACLE, JUSTE DES GRAINES QUE L’ON SEME

27 juin 1996 : l’émission à Toulouse est passée et je vais me retrouver au chômage. Zut ! J’ai mal compris Pascal Forni : je croyais être embauché pour plus longtemps. 1 semaine avant que je me retrouve sans emploi, la productrice du Juste Prix, Corinne Fix, demande à me voir. L’assistante du réalisateur part, le responsable du recrutement des candidats va lui succéder et donc… il y a un poste de recruteur de candidats à pourvoir et elle a pensé à moi, le standardiste assistant de prod. Pourquoi ? Parce que lorsque je m’ennuyais au standard, je passais d’un bureau à un autre pour leur demander s’ils n’avaient pas besoin de mes services pour quoi que ce soit. Je ne le faisais pas de manière intéressée du tout. Je le faisais car les gens étaient gentils avec moi; ils savaient que leur standardiste avait une maîtrise d’économie en poche et appréciaient que j’accepte quand même ce job. Juillet 1996 : me voilà donc sélectionneur des candidats du juste prix, l’un des plus gros jeux de l’époque. Mon salaire double, du smic à 2 fois le smic. Et la standardiste l’a du mauvais oeil…

NE JAMAIS SE RABAISSER

Mon contrat d’intermittent est un contrat d’un an, renouvelable autant de fois qu’il le faut. Au départ, ça se passe super bien : je fais bien mon travail, la productrice se régale de mes anecdotes et avec l’équipe on forme une petite famille… Mon tempérament de bout en train de fait adopter par toute la boîte qui félicite ma promotion. Sauf qu’entre la productrice et moi, était hiérarchiquement placée Véronique, sorte de super assistante « lèche-cul » qui elle, avait décidé de me prendre pour son larbin. Sauf que je ne l’entendais pas de cette oreille. Qu’on me juge sur la qualité de mon travail, pas sur les cafés que je ramène ou les verres que j’offre ou les services que je rends. Ca, c’est du bonus qu’on offre aux gens qu’on apprécie. Les rapports ont commencé à se dégrader au fils des mois et j’ai commencé à perdre cette flamme et cet humour qui m’animaient, animaient le bureau et animaient la boîte (j’étais devenu monsieur humour). J’ai tenu jusqu’à la fin de mon contrat. Ce fut trés dur moralement. Dans pareille situation, il faut professionnellement être plus qu’irréprochable. Car la moindre petite inattention de votre part devient une arme de destruction massive aux mains de votre ennemi. L’année se termine sur des charbons ardents. Je ne veux plus travailler au Juste Prix. Je prends l’initiative de proposer mes services aux autres producteurs de la boîte… 15 jours avant que mon contrat ne se termine, la big boss de la boîte, Marie-France Brière herselve vient me voir à mon bureau et devant Véronique me demande de la suivre. Une nouveau jeu est en train de se mettre an place, animé par Jean-Luc Reichman. Elle me propose de créer le système de sélection des candidats, de chauffer le public et d’augmenter mon salaire. 15 jours plus tard, « Véronique lèche-cul » me prend en tête à tête dans un bureau pour me dire qu’elle ne renouvelait pas mon contrat. Je lui souris et lui offre pour toute réponse : ok, pas de problème. Merci pour cette année ensemble.

DE L’ECONOMIE A LA TELE

Nous sommes en novembre 1997. Le jeu sur lequel je travaille est subitement arrêté par France 2 après un petit mois d’antenne. Me revoilà au chômage. Pas pour longtemps. Une nouvelle émission est lancée : Le Rendez-Vous, diffusée sur la 5ème. Une succession de reportages que lance Benjamin Castaldi tout en déambulant dans les rues de Paris. Il clôt l’émission en interviewant un people. On me propose de gérer le matériel des équipes de tournage. OK. La 1ère diffusion est prévue pour janvier 1998. 3 semaines avant la diffusion, Marie-France Brière entre dans notre bureau de prod. Nous sommes vendredi, fin de journée, des chips, cacahuètes et vin sur le bureau et nous qui rigolions un peu trop fort. On va se faire engueuler grave ! Marie-France Brière avait la réputation de pousser des colères ravageuses avec dommages unilatéraux conséquents. Autrement dit, tout le monde se faisait petit lorsqu’elle l’ouvrait.

Marie-France Brière : Je vous annonce qu’on va rajouter une nouvelle rubrique à l’émission. J’ai pensé à une rubrique où un candide pose des questions à un spécialiste et résume ce que dit le spécialiste de façon simple et rigolotte. (Elle se tourne vers moi), Kamel, on m’a dit que tu as fait des études d’économie ?

Moi : (impressionné) heuuu… oui.

Marie-France Brière : alors explique-moi le CAC 40 en me faisant rire.

Moi qui avais arrêté mes études d’économie parce que je me disais que jamais l’économie permettrait à un « beurre » de faire de la télé en France, je me retrouvais à expliquer devant une des plus grandes productrices télé de France le CAC 40 dans le but de le faire devant les caméras par la suite. J’explique donc le CAC 40 devant tout le monde en faisant le comique. Marie-France Brière éclate de rire.

22 décembre 1997 : je suis sur le plateau de tournage, debout en compagnie de Robert Haas, spécialiste des placements financiers, 2 têtes de plus que moi et… suisse. Ma chronique s’intitule « Le rendez-vous de Kamel ».

Janvier 1998 : moi Kamel LAHMADI, fils d’émigré algérien, fils d’ouvrier, j’explique en 3 minutes le CAC 40 aux Français, de manière rigolotte. CAC 40, TVA, PIB, SICAV, OPCVM, Actions, Paradis fiscaux… autant de sujets traités quasiment tous les jours, à midi, sur la cinquième pendant 6 mois.

EN JUIN CA SERA BIEN

6 mois plus tard l’émission s’arrête. Au même moment la 5 décide de créer une émission à destination des 15-30 ans : « En Juin ça Sera Bien », animée par Gaël Leforestier, de 14h30 à 16h, tous les mercredis en direct !! Je participe au casting, fais rire les responsables de la chaîne mais refuse le poste qu’on m’offre : chroniqueur litéraire. Je ne me voyais pas bouquiner toute la semaine. Retour à la case chômage.

3 jours après, on me rappelle pour me proposer…

et ça …

et ça …

La suite, dès que je trouve le temps, promis, car c’est beaucoup de boulot. J’espère que ce que vous avez déjà lu vous a plu.

Have dreams but don't forget to achieve them - Kamel Lahmadi, Founder

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